Sylvester Stallone de face montrant ses muscles

Masculinité(s) – 1. Papa Stallone

Essayez de vous représenter « le Patriarcat ». Fermez les yeux quelques instants et représentez vous son visage, sa tête. J’imagine que nous aurons des images différentes en fonction de nos expériences : un Dieu barbu sur un nuage tenant une foudre dans sa main, un frotteur, Bernard Arnault dans une piscine de billets de banque, Macron dans une voiture de luxe, Leonardo Di Caprio dans « Le Loup de Wall Street ». Mon portrait du patriarcat est un étrange mélange de Sylvester Stallone et de mon père. On notera que toutes ces figures sont blanches, peut-être parce que je le suis. De ma place d’homme, je parle dans cet article de mon expérience d’homme.

Le patriarcat n’est pas que dans ses images. Il est autant dans ces symboles qu’en chacun de nous. Chaque homme (et chaque femme, mais je parle ici de ma place) dispose à l’intérieur de lui d’un petit patriarcat qui se fait plus ou moins entendre dans le théâtre intérieur et qui crie les normes de virilité. Nous avons tous notre Zeus, notre Macron, notre Leonardo Di Caprio.

J’ai en moi un hybride de Sylvester Stallone et de mon paternel, logé quelque part dans mon cerveau. Appelons le « Papa Stallone ».

Papa Stallone me demande de me comporter comme un vrai mec : dans ma classe sociale, il faut être doux et gentil, tenir longtemps au lit, savoir faire le premier pas, gagner un peu plus d’argent que sa femme, être hétéro et cisgenre, savoir protéger sa copine si elle est en danger, avoir une opinion sur tout, savoir se moquer de ceux qui harcèlent, avoir des érections sur commande, avoir des relations sexuelles tous les trois jours si on est en couple, tous les mois si l’on est célibataire, dire que les hommes peuvent pleurer mais ne pas pleurer soi même. Et j’en passe. J’en passe beaucoup. Car Papa Stallone tente de me guider au long de la journée : il me bave son patriarcat dans l’oreille. Heureusement, Papa Stallone n’est pas seul en moi. Il se heurte à d’autres voix et d’autres figures : la Féministe, la Fragilité, l’Enfance, le Militant. Ces marionnettes se crient souvent dessus, passent parfois des compromis et se taisent à d’autres moment.

J’ai envie d’être un meilleur allié politique et un amant moins paternel dans le futur.

Si l’on veut taper sur le patriarcat, je crois qu’il est intéressant de mener la bataille partout : en soi, avec ses ami.e.s et en soutenant des actions plus larges et politiques. Je parle des ami.e.s parce que c’est en voyant certains de mes amis garçons se libérer peu à peu de leur petit patriarcat interne que j’en suis venu à me questionner. C’est parce qu’une amie m’a dit que je monopolisais la parole dans des groupes que je me suis remis en question (j’ai d’abord crié que c’était injuste et que pas du tout, comment ça). C’est parce que ma copine me dit que je me comporte comme un papa avec elle que je trouve les ressources pour combattre Papa Stallone et que j’ai envie d’être un meilleur allié politique et un amant moins paternel dans le futur. Je ne crois pas que ce soit égoïste de se préoccuper de soi, je crois que c’est nécessaire pour ne pas reproduire les schémas du patriarcat. En étant ébranlé par des voix féministes, je vois de nombreux hommes changer et contribuer à proposer une façon d’être humain qui ne repose pas sur la peur d’être homo, la taille du sexe et la domination douce ou manifeste des femmes.

Je souhaite partager mes expériences, mes victoires et mes défaites parce que j’aurais aimé tomber sur un tel site quand j’avais quinze ans.

Les mots féministes me dérangent, m’irritent et me bouleversent d’abord. Puis, ces mots me questionnent, m’ouvrent et me libèrent, et souvent, ils finissent par m’apaiser.

Je souhaite partager mes expériences, mes victoires et mes défaites parce que j’aurais aimé tomber sur un tel site quand j’avais quinze ans. J’espère ne donner aucune leçon à personne, ni aux femmes ni à d’autres hommes, mais simplement partager mes questionnements.

Dans cette série, « Masculinité(s) », nous parlerons de consentement masculin, de blanchité, de galanterie, d’érection, d’orgasme prostatique, de tristesse, de fragilité, de non-binarité, de maquillage, de fringues, de charge mentale et de pleurs. Nous ne parlerons pas d’aspects de nos vies que ne sont pas liés à la question de nos privilèges.

Je crois à un changement possible en moi. Je crois en un devenir-doux, un devenir-sensible qui soit bénéfique pour moi, pour d’autres hommes et par la même pour les femmes qui nous entourent. Il ne s’agit pas de se castrer, de s’empêcher, de se prohiber, de se restreindre, il s’agit de découvrir de nouvelles occasions de joie : joie de s’écouter, joie de relations sexuelles sans pénétration nécessaire, joie de pleurer, joie de se délester et de se permettre.

Gaël T. Sifri

Crédits image :

  • Rambo, Ted Kotcheff, 1982.
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