Barbie Savior Instagram - Volontourisme : photos avec enfants du Tiers-Monde

Désenchanter le monde merveilleux du volontariat

Barbie Savior Instagram - Volontourisme : photos avec enfants du Tiers-Monde

Le « volontouriste », c’est celle ou celui qui part temporairement dans un pays pour visiter tout en aidant, ou pour aider tout en visitant. A chacun ses priorités. Son archétype est vite reconnaissable. Le plus souvent, il/elle est blanc.he. Afin de se libérer des chaînes de la société de consommation qui l’étouffe, le volontouriste porte des vêtements larges, notamment un pantalon à imprimé éléphant. En apparence, il/elle n’est pas très apprêté.e, à la rigueur quelques accessoires comme des pendentifs Bouddha (coucou l’appropriation culturelle), des atebas. Il/elle est « nature » et se dit prêt à aider, à aimer l’autre. Il s’ébahit devant la « richesse » et la « générosité » des « peuples orientaux ». Bref, il/elle est mu.e d’une multitude de bonnes intentions et de good vibes. Cette description, caricaturée à outrance, s’est vérifiée à plusieurs reprises lorsque j’ai moi-même pris mon sac à dos Quechua direction Kathmandu l’été dernier pour rejoindre l’armée des volontouristes.

Avec les meilleurs intentions du monde - Envoyé Spécial - Volontourisme

Je voulais faire « quelque chose d’utile » de mes vacances, je crois bien que c’est la formule que j’avais employée lorsque j’ai commencé mes recherches. J’avais envie de retourner au Népal, où ma mère m’avait emmenée faire un trek humanitaire à l’âge de 12 ans. « projet-humanitaire-nepal » : les mots clés que je tapais sur Google me conduisaient vers des pages et des pages d’agences proposant tous les projets possibles et imaginables. Immédiatement, ce qui m’a frappé, c’était l’aspect très marketé de ces sites. Des slogans, des photos d’enfants tout sourire, des formules variables selon les projets… Tout pour répondre à des demandes très différentes plutôt qu’aux besoins réels des populations locales. Autre choc, le prix. Pour un projet éducatif dans une école au Maroc par exemple, 1500 euros la semaine, sans comprendre les frais de transports, d’accommodation ou de visa. J’ai fini par trouver une plateforme moins « business » chargée de recenser de nombreux projets humanitaires dans le monde et de mettre en lien les volontaires avec les coordinateurs locaux. Cette organisation belge s’oppose au marché du volontariat et le revendique clairement sur son site. Contrairement aux frais faramineux proposés par d’autres organismes similaires, Service Volontariat International demande 200 euros pour la logistique, un week-end de formation, un échange continu pour toutes les questions. (Je me rendrai compte par la suite que j’aurai très bien pu contacter l’association locale directement plutôt que d’être mise en relation pour 200 euros). Le choix des formules, des projets et des destinations y est impressionnant. Je coche les cases « Projet long terme » et « Népal ». Contrairement à la Mongolie où seulement 3 projets figurent, je tombe sur une trentaine de projets. Le Népal est un des pays les plus pauvres au monde et le séisme de 2015 a multiplié les besoins en aide humanitaire. Je me penche alors sur les travaux de reconstruction post-séisme : reconstruction d’écoles, reconstruction de latrines avec des personnes locales. Ces projets semblaient bien rodés et il m’importait de travailler avec la population locale. Et puis, j’ai commencé à me poser beaucoup de questions. Qu’est-ce-que je pouvais apporter, moi, étudiante de 21 ans, n’ayant jamais fait de bricolage ou de maçonnerie ? La réponse m’est apparue rapidement. Rien. Je ne pouvais rien leur apporter de plus étant donné que je n’avais et je n’ai toujours aucune compétence requise pour un tel travail. Et même si je m’apprêtais à rejoindre un master en « Droits de l’homme et action humanitaire », ce n’est pas au lendemain d’un désastre naturel que l’on peut devenir un travailleur humanitaire. Je n’avais donc rien à apporter d’autre que l’envie d’aider et d’apprendre. Je me suis alors concentrée sur un autre type de projet.

Les volontouristes : les nouveaux « candides utopistes »

Mais arrêtons nous un instant sur cette envie d’aider, celle qui motive plus de 10 000 volontaires par an à travailler dans des pays en développement et notamment au Népal, destination convoitée par de nombreux occidentaux fantasmant l’Orient. A Kathmandu, l’auberge de jeunesse Alobar concentre tous les volontaires occidentaux à la recherche « d’un mode de vie alternatif ». J’y ai passé quelques temps et j’ai eu des discussions riches avec la plupart, posés sur la terrasse du haut, en fumant et jouant avec les foulards dans nos cheveux. Les ressorts sociologiques de notre présence au Népal et de notre motivation commune étaient similaires. Nous étions tous des jeunes ayant fait quelques années d’études après le baccalauréat. Toutefois, un aspect intéressant était que les études que nous avions fait étaient très variables : art, agriculture, école de commerce, droit, aide à la personne.. Nous avions tous un goût prononcé pour le voyage ou été élevés dans deux cultures à la fois. C’est surtout dans l’idéologie et la pensée que nous convergions. Nous formions une bande d’utopistes rêvant d’un monde meilleur dans lequel l’entraide et l’échange seraient au cœur du fonctionnement des sociétés plutôt que d’être criminalisés (coucou Cédric Herrou). La plupart essayait de faire les choses bien et de s’investir à fond dans leurs projets respectifs. Vouloir aider est une impulsion humaine extrêmement louable. Cependant, l’aide doit être apportée de la façon la plus utile possible car tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Barbie Savior - Instagram - Volontourisme : Barbie donne des cours aux enfants du Tiers-Monde
Compte Instagram @barbiesavior

Bien sûr, en effectuant des travaux bénévoles (de construction, sensibilisation, activités à l’école, à la ferme..), on a toujours l’impression de servir à quelque chose pour la simple et bonne raison que nous avons des tâches concrètes à éxécuter  – en tout cas sur le papier. Remplir des seaux de ciment, apprendre du vocabulaire anglais aux enfants, construire des toilettes… ces tâches nous donnent l’impression de servir une cause beaucoup plus large et bénéfique aux populations sur le long-terme. Toutefois, il est important d’aller plus loin et constamment se demander « pourquoi je le fais, à qui ça profite réellement, qui m’a dit de le faire, pourquoi on me demande à moi de le faire et pas à une autre personne.. ». Une partie des volontaires que j’ai rencontrés n’avaient aucune compétence en lien avec le projet dans lequel ils étaient inscrits. Les conséquences de cette inadéquation sont immenses et dangereuses. D’ailleurs, Rony Brauman, ancien président de Médecins Sans Frontières dit à ce sujet :

« Faire du tourisme en se sentant investi d’une mission, pour être gentil, pour jouer au père Noël avec des livres, des stylos et des médicaments disqualifie le voyage en lui-même. La dissymétrie du rapport rend d’emblée la rencontre impossible. Ce n’est pas de l’ouverture, mais de la condescendance ».

Pour ma part, je maintiens qu’il est possible d’allier tourisme et aide humanitaire, à plusieurs conditions. Premièrement, en tant que volontaire, on se doit de se renseigner au maximum sur son projet. Deuxièmement, les organismes, transparents bien sûr, doivent exiger des volontaires des compétences précises ou doivent mettre en place des formations de plus de deux jours.

A qui profite le « don de soi » ?

N’est-ce pas paradoxal de parler en termes économiques du « don de soi » ? Le don peut-il faire l’objet d’échanges marchands ? Les études en anthropologie et de sociologie économique montrent que le don peut totalement être marchandisable. Le cas du volontariat, devenu un véritable produit de consommation est un exemple. Les multiples organismes, qui apparaissent d’ailleurs sur la première page de recherche Google, sont de vraies machines à sous. Tout en surfant sur la misère des personnes, ils attirent un nombre croissant de volontaires, ce qui leur assure des marges bénéficiaires exorbitantes, et dont une infime partie seulement est reversée aux locaux. Vouloir faire la guerre au capitalisme en passant par de tels organismes pour aider les autres, voilà une drôle de démarche…

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La dérive orientaliste

Le problème n’est pas seulement commercial car le « volontourisme » a également des conséquences politiques. Les sociétés commerciales de tourisme humanitaire transforment ainsi les pays pauvres en un vaste parc d’attractions où illusions et bons sentiments riment avec profit. C’est ce que met en avant le reportage Envoyé Spécial, notamment avec la séquence « safari photo », dans laquelle une dizaine de femmes blanches américaines âgées de plus de 50 ans prennent toutes simultanément en photo les familles des villages où elles construisent des pompes à eau. Ainsi, le volontourisme prend souvent la forme d’un colonialisme où les bénévoles revêtent le costume du «White Savior » (sauveur occidental) pour aller sauver « les pauvres orientaux » que l’on peut aider même sans qualification. Et d’ailleurs, si les projets attirent de plus en plus de volontaires, c’est justement lié au fait qu’ils jouent avec ces fantasmes et renforcent alors les stéréotypes, transformant ainsi la pauvreté en un spectacle lucratif. Ce nouveau mode d’humanitaire « amateur » porte aussi préjudice aux secteurs de l’aide humanitaire puisqu’il dévalorise le travail et la réputation d’autres associations non-lucratives et tend à exporter une vision paternaliste de l’aide. « Quand des jeunes non qualifiés paient pour aller soigner des malades dans un pays du Sud, qu’envoie-t-on comme message dans ce pays ? » s’interroge Pierre de Hanscutter, fondateur de l’association Service Volontariat International.

« Do no harm »

Il est important de garder à l’esprit ce principe numéro 1 qui régit toute action humanitaire ou liée à la protection des droits humains. Si l’on souhaite être cohérent dans ses intentions, il faut aussi l’être dans ses actions. Lorsqu’on s’engage dans un projet humanitaire, on engage nécessairement les autres avec soi et c’est pour cela que respecter ou veiller à respecter ce principe est capital. Je ne vais pas bannir les volontaires plein de bonnes intentions, malheureusement peu muries. Dès lors que ces intentions s’orientent vers l’action et engagent d’autres personnes, cela devient très dangereux. Une séquence révélatrice du reportage illustre cela. Dans un village cambodgien, de nombreuses ONG se sont installées afin « d’inviter » les volontaires à y construire des pompes à eau. Le reportage nous montre une habitante complètement désemparée devant cette pompe construite par les bénévoles deux semaines auparavant et désormais hors service. De l’eau marron en sort et la villageoise n’a aucun moyen de la réparer ou de contacter quelqu’un pour le faire. (Trop) Nombreux sont les exemples où l’aide humanitaire apportée de façon bénévole, a eu comme conséquence les effets inverses de l’objectif recherché et affiché d’« empowerement of local people ». Toutefois, la critique est délicate et il ne faudrait pas briser l’élan et le désir de s’engager. Plutôt que de juger ces volontaires, il faudrait informer et sensibiliser, il faudrait réglementer et exiger plus de transparence auprès de ces organismes « humanitaires ». Et ainsi, on pourrait désenchanter « le monde merveilleux du volontourisme », lutter contre l’exploitation des bonnes volontés et ne pas heurter les populations locales.

Dalphée.

Sources :

« Avec les meilleures intentions du monde », « Envoyé spécial » le 2 mars 2017. Enquête de Nicolas Bertrand, Thomas Donzel, Lorène Bosc et Marion Cantor.

« Tourisme humanitaire: la vraie fausse pitié », Libération, Noémie Rousseau, 15 aout 2016

Crédits images :

Capture d’écran reportage Envoyé Spécial

Barbie Savior – Instagram

Titom

Who wants to be a volunteer – SAIH Norway

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