Les femmes sont-elles sexuellement passives ?

 – Muses, queer, webcameuses et sujet pluriel –

« Je fais l’action
Elle fellation. »

Fichu – Django

Il y a des questions dont vous pensiez vous être débarrassé(e)s, avant qu’elles ne reviennent au détour d’une conversation en terrasse, à la sortie d’un cinéma. Vous allez voir un film de la nouvelle vague, tranquillement, entre amies : « Vivre sa vie » de Godard, dans le bain des années 60. Le film lui-même fait référence à des œuvres du XIXe siècle : Le Portrait Ovale d’Edgar Allan Poe et Nana d’Émile Zola. Des œuvres d’hommes sur des femmes, des épouses, des modèles, des prostituées. Des œuvres qui posent la question du rapport entre la muse et l’artiste, entre l’art et la vie, opposant celui qui est tout à sa pensée, qui fait œuvre, à celle qui se contente de « vivre sa vie » et de philosopher « sans le savoir ». Vieilles œuvres, vieilles questions d’un temps où les femmes artistes ne faisaient pas légion, et où les hommes pouvaient soliloquer tranquillement. On pourrait penser qu’aujourd’hui tout a changé, que les artistes au féminin sont sorties de leur anonymat. Et pourtant, 55ans après, mon amie s’interroge encore en sirotant son chocolat : les femmes peuvent-elles vraiment être sujet de leur sexualité ?

La muse : personnage à part entière ou objet masturbatoire de l’artiste masculin ?

De mes pérégrinations dans l’œuvre proustienne j’ai principalement retenu une idée : Proust n’aimait pas l’amour. Du moins, il ne couchait pas sur le papier les raisons objectives de son amour, préférant décrire longuement ses propres émotions jalouses alternant avec le mépris pédant pour l’Albertine endormie de son œuvre, jamais possédée vraiment, toujours absente. La lettre d’adieu de la muse est le seul moment où elle m’apparut véritablement présente, sujet à part entière. De cela, on peut déduire deux choses. La première est qu’on ne peut pas vivre sa vie et la penser en même temps. Si Proust n’aime pas l’amour, c’est qu’il lui préfère le temps malheureux de l’écriture. Le bonheur de l’amour a pour unique fin de rendre le malheur plus cruel à l’artiste, jusqu’à ce que le seul remède s’offrant à lui soit une profonde catharsis.

« Un écrivain peut se mettre sans crainte à un long travail. Que l’intelligence commence son ouvrage, en cours de route surviendront bien assez de chagrins qui se chargeront de le finir. Quant au bonheur, il n’a presque qu’une seule utilité, rendre le malheur possible. Il faut que dans le bonheur nous formions des liens bien doux et bien forts de confiance et d’attachement pour que leur rupture nous cause le déchirement si précieux qui s’appelle le malheur. (…). Ce sont nos passions qui esquissent nos livres, le repos d’intervalle qui les écrit. Quand l’inspiration renaît, quand nous pouvons reprendre le travail, la femme qui posait devant nous pour un sentiment ne nous le fait déjà plus éprouver. »

Le Temps Retrouvé, Marcel Proust

La seconde remarque que je veux faire ne m’a pas semblé être perçue par Proust. Il est à la fois l’écrivain et le sujet de son œuvre. À se demander parfois si les deux ne sont pas nécessairement mêlés, si le sujet de l’œuvre n’est pas toujours l’auteur. Qu’en est-il d’Albertine ? Comment la muse – personnage traditionnellement féminin – devient-elle sujet ? Qui viendra secouer Albertine de son sommeil ? Doit-elle attendre indéfiniment le baiser du Prince ? Échapper à la domination de l’artiste pour rejoindre les bras de Lesbos ? Ou se libérer elle-même, se réveiller et réveiller d’un même élan celui qui se satisfait depuis des millénaires de contempler le « mystère féminin » et se pétrifie de terreur à l’idée de son dévoilement ?

« Étendue de la tête aux pieds sur mon lit, dans une attitude d’un naturel qu’on n’aurait pu inventer, je lui trouvais l’air d’une longue tige en fleur qu’on aurait disposée là, et c’était ainsi en effet : le pouvoir de rêver, que je n’avais qu’en son absence, je le retrouvais à ces instants auprès d’elle, comme si, en dormant, elle était devenue une plante. Par là, son sommeil réalisait, dans une certaine mesure, la possibilité de l’amour ; seul, je pouvais penser à elle, mais elle me manquait, je ne la possédais pas. Présente, je lui parlais, mais j’étais trop absent de moi-même pour pouvoir penser. Quand elle dormait, je n’avais plus à parler, je savais que je n’étais plus regardé par elle, je n’avais plus besoin de vivre à la surface de moi-même. »

La Prisonnière, Marcel Proust

Derrière la fiction d’Albertine, c’est pourtant une figure masculine homosexuelle qui est la source d’inspiration. Il n’en demeure pas moins que c’est sous les traits d’une femme – ou de plusieurs femmes – que l’objet mystérieux du désir proustien se cristallise le mieux. Au delà de la littérature, Simone de Beauvoir note dans Le Deuxième Sexe que la femme est aussi LA figure d’autrui dans la philosophie : qui est cette autre conscience, qui n’est pas moi, qui ne sera jamais moi, qui ne fusionnera jamais avec moi ? Être l’autre pour une femme, être ce parfait mystère d’autrui, c’est n’être jamais un je, une première personne. On peut me rétorquer que les femmes s’emparent de plus en plus de l’écriture, de cette autre vie, vie rejouée, vie véritable, pour devenir sujet. Et pourtant, la question me revient, comme le flot inlassable des vagues woolfienne. Comment devenir sujet ?

De la muse artistique à l’objet du désir masculin

Le débat autour de l’existence d’un sujet féminin touche à l’espace de l’intime, l’espace ultime de la confrontation entre les sexes : la sexualité. En effet, la muse – à travers les figures de l’épouse, du modèle, de la prostituée – est principalement interrogée comme objet du désir de l’homme. Le désir est sublimé par la création, mais il n’en reste pas moins que les femmes sont toujours pensées à travers la sexualité.  La question du devenir-sujet peut être précisée ainsi : la femme peut-elle être sujet de sa sexualité ou bien est-elle par essence sexuellement passive ?

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Ce débat est ancien et il a suscité une controverse féministe importante dans les années 1980. Une des figures principales de ce débat, Catherine McKinnon, militant pour l’interdiction de la pornographie, affirmait qu’il ne pouvait y avoir de sexualité féminine (par laquelle les femme seraient véritablement sujet de leur sexualité) dans un contexte patriarcal. La sexualité est selon elle l’expression des rapports de violence entre sexes, la face intime des inégalités de genre :

 » Les femmes apprennent la sexualité par l’expérience de la contrainte, de la pression ou de la force ; la violence sexuelle les soumet à une roulette russe perpétuelle ; toutes les facettes de leur existence sont sexualisées au quotidien. Et pour une femme, être sexualisée, cela veut dire être humiliée en permanence, ou menacée de l’être ; cela veut dire être invisible comme être humain, mais sous les feux de la rampe comme objet sexuel ; cela veut dire être mal payée, être la cible privilégiée des agressions. Étant donné que ceci constitue la condition de toutes les femmes, qu’aucune ne peut être certaine de ne pas être la prochaine sur la liste des victimes jusqu’au jour de sa mort (et encore, qui sait ?), il ne semble pas exagéré de dire que les femmes ne sont sexuelles (c’est-à-dire qu’elles n’existent) que dans un contexte de terreur. »

Toward a Feminist Theory of the State – Chapitre 7 « sexuality », Catherine Mckinnon

Pour McKinnon, il faudrait d’abord mettre fin au patriarcat pour que la sexualité puisse ensuite être revendiquée comme féminine – c’est-à-dire non construite par et pour les hommes. Si ses arguments sont convaincants je vais tout de même tenter d’apporter une réponse moins catégorique. Changer individuellement son rapport à la sexualité c’est un peu appliquer la tactique du colibri qui porte dans son petit bec l’eau pour éteindre l’incendie. Un colibri suffit parfois pour rameuter l’ensemble des animaux de la forêt.

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Contre la pensée de McKinnon, je proposerais deux réponses, deux choix à mettre en pratique pour questionner le présupposé « féminité = passivité ». La première réponse consiste à déjouer les pièges posés par l’essentialisation de la différence sexuelle (et donc de la féminité). La seconde réponse quant à elle, interroge l’essentialisation de la passivité et les raisons d’une assimilation des femmes à la passivité.

Investir les sous-cultures et remettre en cause la binarité sexuelle

« Gender has never been binary« . Ce simple slogan aperçu lors de la marche féministe et inclusive du 8 mars au départ de Belleville résume tout l’enjeu de cette première proposition. Bien loin de se limiter à la reconnaissance des transgenres, ce slogan a des implications théoriques et pratiques. Premièrement, il nous invite à sortir de la lecture classique du genre en termes de différence sexuée. Au sein même de nos pratiques, il nous fait passer d’une binarité à une fluidité. Cette fluidité ne s’arrête pas aux pratiques lesbiennes et gays, mais va bien au delà : elle ne remet pas seulement en cause nos préférences sexuelles mais aussi notre « performance » de genre. Pour cela, il est nécessaire de sortir des catégories, de ne plus penser en termes d’étiquette. La fluidité totale est dans l’impossibilité de qualifier conceptuellement ce que l’on voit. Nous entrons alors dans le domaine du bizarre. Parler de femmes, d’hommes, n’a plus de sens.

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L’inspiration queer, de ce qui est bizarre, pas classable, est une voie d’accès vers une sexualité épanouie. Ne pas être une femme, ne pas être un homme, c’est aussi ne plus porter les stigmates du genre : ne pas être perçu comme soumise, ne pas non plus être perçue comme fragile. Car l’enjeu est aussi là, le débat sur l’objectivité des femmes dans la sexualité en amène certain-e-s à refuser de prendre en compte la volonté (sexuelle) des individus pour n’y voir qu’une construction sociale, à la manière de McKinnon. Si tu veux ça, si tu désires ça, c’est parce que tu es un homme ou une femme. On n’écoute alors plus vraiment ce que l’autre a à nous dire de ses désirs. Que ce soit pour perpétuer les clichés sexuels ou au contraire pour chercher à ne pas s’y plier – même si cela nous fait très envie – de manière à les combattre, analyser en terme sociologique les désirs d’une personne est un piège. Déconstruire certes, mais ne pas se priver pour autant du plaisir.

Pour que notre sexualité ne soit pas toujours renvoyée à notre condition de femme – tu couches tu es une salope, tu couches pas tu es une sainte nitouche – mieux vaut tout de suite arrêter d’être une femme. Nous ne sommes pas un construit social déterminé, mais des individus pourvus de désirs propres. Et pour prouver cela nous allons être aussi queer que possibles. Si l’on ne parvient pas à nous classer, on ne parviendra plus à nous coller des stéréotypes genrés.

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Investir les sous-cultures, c’est également entrer dans les lieux de la création, de l’innovation, devenir l’auteur de son propre scénario. Car c’est par les marges que commencent les révolutions (surtout sexuelles). Pour autant, cette réponse queer n’est pas applicable à tous les cas pour trois raisons :

Tout d’abord, nous ne sommes pas tous des marginaux (par définition). Lorsque le mainstream reprend les codes des marges, ceux-ci finissent par ne plus être marginaux justement. Ensuite, soutenir la diversité genrée et sexuée ne veut pas dire se prêter à soi-même des désirs que l’on n’a pas. Si la solution queer est la seule alternative, cela signifie implicitement que je ne serais jamais un sujet sexuel si je demeure une femme hétérosexuelle.

Enfin, il paraît difficile – voire impossible – de sortir du conflit et des rapports de pouvoir, même en amour. L’objectivation est peut-être au cœur de la sexualité et de l’amour, pas seulement dans le contexte patriarcal actuel comme le pense McKinnon, mais aussi par essence, même en faisant abstraction de la différence sexuelle. Du moins c’est ce que certains pensent – mais peut-être qu’eux aussi n’aiment pas tellement l’amour. Être objet (du désir) de l’autre est pour Sartre l’objectif même des amants, provoquant un combat entre eux et à une alternance d’aliénation. Deux sujets – voilà ce qui paraît impossible à penser.

« L’amour ne saurait donc naître chez l’aimé que de l’épreuve qu’il fait de son aliénation et de sa fuite vers l’autre. Mais, de nouveau, l’aimé, s’il en est ainsi, ne se transformera en amant que s’il projette d’être aimé, c’est-à-dire si ce qu’il veut conquérir n’est point un corps mais la subjectivité de l’autre en tant que telle. (…) Ainsi nous apparaît-il qu’aimer est, dans son essence, le projet de se faire aimer. »

L’Etre et Le Néant, Jean-Paul Sartre

Mais on pourrait lui rétorquer que le but même de l’amour est la disparition de ce double sujet au profit d’un sujet unique, un sujet à la première personne du pluriel. Le but ultime du sexe n’est-il pas la fusion ? Jouir ensemble, de manière à ne plus pouvoir dire « je l’ai/je me suis bien fait baiser« , mais « entre nous il s’est passé quelque chose« .

Remettre en cause notre représentation de la passivité

La seconde option, la remise en cause de notre représentation de la passivité, nous amène vers une sexualité plus classique. Certes, ce n’est pas la révolution du genre qui est proposée. Je le répète, je peux bien défendre l’idée d’une remise en cause des frontières du sexe, mais si cela ne me fait pas fantasmer, si la violence (relative) et la domination me procurent plus d’excitation que la fin des conflits, comment négocier entre mes convictions féministes et des désirs sexuels qui ne le sont pas du tout ?

Bien sur il y a la réponse facile : être féministe c’est avoir le choix. Ce fut très bien formulée par Emma Watson lorsque celle-ci fut accusée d’incohérence pour avoir montrer ses seins tout en s’affirmant féministe (et oui je suis dans la partie mainstream).

Mais cette conception du féminisme, intitulée quelque fois « Choice Feminism », me semble depuis un certain temps problématique. Est-ce qu’à chaque fois qu’une femme fait un choix ce choix est féministe ? La critique de ce modèle – présentée sur Scarlet il y a maintenant un an – est admirablement conduite par cet article du blog feminisnsm dont je reprends l’argument principal :

« Dans le contexte du capitalisme patriarcal, on ne peut jamais vraiment parler de libre choix chez les femmes, et en choisissant de vous raser les jambes, vous choisissez de vous conformer à une image de la femme normée par une société dominée par les hommes, peu importe à quel point vous aimez avoir les jambes douces. Comme le note Jean Kilbourne dans son analyse sur la relation entre les femmes et la publicité : « quand la culture offre aux femmes une seule alternative pour être sexy, on ne peut pas vraiment considérer cette option comme un authentique choix ». Vraiment, défendre l’idée que se raser les jambes est féministe décontextualise ce choix en le déplaçant implicitement dans un contexte social post-patriarcal dans lequel [malheureusement] nous ne vivons pas« .

Le désir apparaît souvent comme la justification d’un choix dont il semble démontrer la subjectivité. Mais nos désirs, mêmes les plus intimes, sont modelés par notre environnement social. Je ne peux désirer que ce je conçois comme existant, je ne peux pas tout sortir de ma tête. Pour ne pas sombrer dans le gouffre métaphysique de la recherche de son identité propre, je pense cependant qu’il est raisonnable de concevoir ces désirs qui nous viennent comme nôtres, de les faire sien dans l’acte même de les énoncer comme siens. Une certaine décupalbilisation est de mise : je suis d’accord avec Emma Watson que le féminisme n’est pas une arme pour taper sur les autres femmes. Et comme le note l’article de feminisnsm, de même qu’on ne reproche pas aux anti-capitalistes de ne pas partir vivre en ermite pour échapper coûte que coûte au capitalisme, on ne peut pas reprocher aux femmes de se plier aux règles du patriarcat dans lequel elles évoluent quotidiennement.

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Une fois passé sur ce point qui me semblait important, je peux revenir sur ma seconde réponse à l’aporie « féminité = passivité ». Ces deux concepts sont dévalorisés par la société dans laquelle nous vivons. Vous allez rétorquer qu’une femme « féminine » sera davantage valorisée qu’une femme « peu féminine ». D’abord, ce n’est pas toujours le cas. La campagne « paye ta fac » a recueilli de multiples témoignages d’étudiantes peu prises au sérieux par leurs interlocuteurs parce qu’elles portaient une jupe ou un décolleté, contraintes de dissimuler tous signes de féminité, de se masculiniser pour être écoutées plutôt que relookées. Ensuite, cette dévalorisation de la féminité doit être comprise par rapport à la valorisation de la masculinité. On ne peut bien sûr pas généraliser. L’approche intersectionnelle nous montre par exemple que le racisme ne se conjugue pas de la même manière au féminin et au masculin, et que les femmes racisées peuvent s’en sortir mieux que les hommes à certains égards : elle sont par exemple moins souvent victimes de la violence policière et du contrôle au faciès. Cependant, je maintiens mon argument : la passivité et la féminité sont deux concepts à la fois associés et dévalorisés.

Comment expliquer cette relation et cette dévalorisation ? Les femmes sont-elles vraiment passives dans leur sexualité ou n’est-ce pas plutôt que les rôles féminins – dévalorisés parce que féminins – sont associés à la passivité de manière à justifier cette dévalorisation ?

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Prenons l’exemple d’une femme faisant partie de l’industrie pornographique, Carmina Ama, présente à une conférence sur la pornographie à l’occasion de la Queer Week et qui narre sur son blog les péripéties de son expérience de camgirl. Cette femme qui fait le show sur internet en filmant sa sexualité – solitaire ou accompagnée – est-elle active ou passive ? Objet ou sujet de sa sexualité ? Un rapport d’argent entre en jeu et le spectateur (majoritairement masculin) objectifie son corps, l’insulte parfois. Pour autant, sa démarche est revendiquée comme indépendante, elle use de son corps comme d’une arme d’émancipation féminine, même si l’empowerment se fait à travers un jeu autour de fantasmes sexuels masculins et par la mise en scène d’atouts proprement féminins. Enfin, il demeure une chose irréductible à une simple sociologie de la jeune femme : un désir, un désir d’être regardé, de faire bander, qu’on pourrait qualifier de désir féminin ou de désir de passivité. Mais n’est-ce pas antithétique de penser ensemble le désir et la passivité ? On voit ici combien la frontière que nous traçons entre activité et passivité est floue.

Selon moi, le patriarcat dénie aux femmes leur rôle actif dans la sexualité de manière à mieux les objectiver et les dominer. Il n’est pas ici question de revendiquer une activité en performant les rôles masculins, pas question de « troubler le genre » pour sortir de l’essence passive de « la » femme (comme nous l’avons vu dans un premier temps). Il s’agit plutôt de remettre en cause la distinction actif/passif pour mettre au jour la véritable activité au sein même des rôles féminins, une activité déniée par la dévalorisation d’un sexe toujours renvoyé au second rôle. La psychanalyse a certainement des clés à nous offrir sur cette question, et je vous laisse savourer la vidéo de Mardi Noir de manière à saisir cette activité au cœur de la passivité :

De ces deux options, nous arrivons à une même conclusion, à une réponse étrangement unique. Pour devenir sujet de sa sexualité, mieux vaut sortir des classifications de la pensée : homme/femme, sujet/objet, actif/passif. Dans cet univers binaire, ce n’est pas véritablement de la sexualité qui a lieu, du moins pas celle que j’ai en tête. La sexualité, pour ne pas être entachée par la culture du viol, doit être un espace de partage, elle doit se faire à deux. Si les femmes veulent sortir du rôle de l’objet (Sartre) ou du rôle de l’autre (Beauvoir), elles ne doivent pas pour cela inverser les rôles en objectivant leurs partenaires. Si l’amour se fait à deux, le sujet qui émerge de ma réflexion n’est pas un sujet féminin. C’est un sujet à la première personne du pluriel. Ce n’est pas l’artiste mettant en scène sa muse, se regardant vivre et pensant ce qu’il vit. La sexualité est dans l’abandon, c’est « vivre sa vie », tautologie signifiant l’absence de double niveau, l’absence de mémoire, l’absence d’écriture, le pur présent. Ne vous regardez pas faire l’amour. Faites-le. En matière de sexualité, la solution la plus orgasmique reste de satisfaire ses désirs sans trop raisonner (contrairement à ce que je me suis empressée de faire au cours de cette article) sur les enjeux politiques de l’amour.

Sources :

Dr. B Cinéma – Analyse du film « Vivre sa vie » de Godard

Feminisnsm – Article critique sur le choice feminism

Crédits images :

« Vivre sa vie », Jean-Luc Godard

Le tag parfait – « Porno queer »

Une de Vanity Fair, avec Emma Watson, mars 2017.

Courtney Trouble

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