SEPTEMBRE

« Septembre.

Alors voilà. L’art du cliché voudrait que je trouve quelque chose, une muse, une couleur, un souvenir, qui parle de Septembre. Un cliché pour que Septembre ne soit plus seulement un mot, un moment fuyant.

Comment parler des mois ? Les mois c’est le temps. Non pas le temps qui court comme se dessinent les rides. Le temps qui revient. Septembre est passé, il reviendra.

C’est le temps qu’il fait dehors aussi. Septembre, les soirées longues, la lumière douce et la fraîcheur. Les couleurs. Septembre est un peu gris. Plus gris qu’Août et plus gris qu’Octobre aux feuilles rouges. Mais ce gris si ça me vient en tête c’est sûrement pour la fin de l’été. C’est le gris dans ma tête. Il pleut sur la ville comme il pleut dans mon cœur. Voilà ce que Verlaine aurait du dire.

Non c’est nul. Les couleurs non. Septembre n’est pas une couleur.

Aragon dit à Elsa « je ne sais pas parler du temps qui te ressemble ». Dire ça, c’est déjà quelque chose. Donner un corps au temps, le corps de la muse exposée au regard qui cherche, cherche à saisir le temps. Et puis qu’est-ce qu’il veut dire par là, Louis, le temps qui ressemble à une femme, c’est drôle quand même. ça ne veut rien dire.

Parfois je me demande si ce n’est pas pour ça que j’aime les poèmes. Parce qu’ils ne veulent rien dire. Je me persuade qu’ils veulent dire quelque chose quand même. ça comble le vide de réfléchir à ce que ça peut bien vouloir dire. Je me soustrais au néant pour contempler l’inanité de leur sens.

Le temps qui revient disais-je. C’est cyclique. Trop féminin en plus le cycle. Ouais vous savez, les femmes répètent, les hommes innovent. Est-ce que tout ce qui sortira de ma bouche ne sera que répétition ? Mon imagination n’est-elle que la mémorisation du Larousse des clichés romantiques ? ça fout la trouille. C’est pas moi qui parle. Je répète ce qu’on m’a appris.

La rentrée des classes. Emplir ta petite tête vide, vide de poncif, petite tête. Septembre, c’est triste à dire, mais c’est les bancs de l’école. Là où j’ai appris à être une femme. Une fille plutôt, mais c’est la même chose en puissance. Merci Septembre.

Maintenant, je fais machine arrière. Je répète, la même histoire, mais à l’envers. Je déconstruis. Encore un poncif de post-structuraliste mais tant pis. Septembre. Je te désapprends.

Septembre, une petite fille. Elle aussi elle écrit des poèmes. Elle ne connaît pas encore Paul, Louis. Elle ne sait pas que quand on s’appelle Lou, on est la muse d’un Guillaume Apollinaire. Qu’on a juste droit à un prénom – comme Elsa – avec lequel on fait de jolis anagrammes. Elle aime bien la rentrée, écrire sur ses cahiers. Elle pourrait en écrire des poèmes sur Septembre si je la retrouvais. »

Lou Berger.

septembre-colette

Colette.

« Avec janvier c’est le mois des bonnes résolutions. Allez, cette rentrée là c’est la bonne. Tu te remets au sport. Tu manges sainement. Tu écoutes enfin en cours.

Et là bim, sans s’en rendre compte il est déjà fin octobre. Tu t’es pas remise au sport, et puis c’est mort maintenant il fait trop froid. T’as acheté des légumes la première semaine mais t’habites à côté d’un Mc Do alors bon.

Comme chaque année en fait, à force de vouloir faire les choses trop bien à la rentrée, t’as fini par ne rien faire du tout. Alors le problème en fait, c’est peut-être que tu cherches à faire les choses trop bien.

Alors cette fois-ci, j’ai décidé d’être médiocre.

De faire un jogging en m’arrêtant toutes les trois minutes pour marcher un peu.
De chanter faux dans mon appart’ même quand ma colloc’ est là.
De dessiner des bonhommes bâtons.
De faire des blagues qui ne font rire que moi.
De draguer maladroitement.
De continuer à jouer du piano, même si la seule chanson que je connais c’est Frère Jacques.
De prendre des photos en contre-jour.
De faire des pas de danse ridicules quand ma chanson préférée passe à la radio.
De jouer aux jeux vidéos en mode facile.
D’écrire des histoires auxquelles je ne donnerai jamais de fin.  

J’ai décidé d’être médiocre et de faire les choses seulement par plaisir et par envie. De ne plus chercher constamment la performance et l’approbation des autres. De ne pas attendre d’être talentueuse pour agir. »

Emeline.

« Septembre.

Toujours trop tôt, toujours trop tard.
Je laisse tomber. Merde ma montre ! Comme je me sens nue… Tant pis. Je ferai sans.
Et puis, j’ai mon portable de toute façon.
Que je n’ai jamais sur moi, certes…
Oh et puis y’en a marre.
En septembre, je serai en retard.

Et peut-être que ça débordera sur Octobre, si je ne suis pas là à temps… »

B.

 

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