« Redécouvrir la ville » : Episode 2 – Rio, Maison Folie Wazemmes

Rio Maison Folie Wazemmes

Lille ? C’est gris, c’est moche, la misère et la désindustrialisation ont eu raison du moindre intérêt à accorder à cette ville. J’entends déjà les préjugés raisonner dans votre tête. Peut être que vous avez raison ou peut être que cet article vaut la peine de s’arrêter un instant. J’ai ainsi fait le pari de faire une expo tous les dimanches à Lille dans le cadre du projet « Renaissance ».

« Renaissance », qu’est ce que c’est ?

 »La culture pour tous » c’est le crédo de Lille 3000 qui perpétue tous les 3 ans « l’esprit de 2004 », c’est-à-dire la nomination de la capitale du Nord comme haut lieu de la culture européenne. En 2015, cette manifestation culturelle et festive porte le nom de « Renaissance ». Ce projet vise à donner un second souffle à la ville et montrer le renouveau de la métropole lilloise. Cinq villes sont mises sous le feu des projecteurs : Séoul, Rio, Détroit, Eindhoven et Phnom Penh. Cinq cités en chantier qui ne vont cesser d’étonner le spectateur. Plus que d’aller au musée il s’agit donc de s’immiscer dans le quotidien par des parades, des métamorphoses urbaines, des spectacles, des gonflables, des débats, du design, des ateliers de Do It Yourself‘, du street food ; en bref mettre en avant des nouveaux modèles et de nouvelles façon de vivre ensemble qui représentent la vitalité du monde d’aujourd’hui. Je vais ainsi tenter de vous donner un aperçu de mes quatre expositions coup de cœur en quatre épisodes.

« Redécouvrir la ville »

– Épisode 2. Rio, Maison Folie Wazemmes –

 

Rio est ville superbe de samba au sang chaud, ville des contrastes entre pauvreté et exubérance. L’exposition « Carioca ! » lui donne une voix, un corps. Elle met en scène le travail d’artistes et de collectifs inspirés de la rue et de la ville elle même : Dias & Riedwig, la Fabrica Behring.

A peine a-t-on mis un pied dans la Maison Folie de Wazemmes que l’on entend au loin raisonner les sifflets du carnaval. La première installation est un chapiteau entouré de hamacs, faite par le collectif « Opavivara! ». Sous le chapiteau se trouve un kiosque appelé « Self Service Pajé » (2011) couvert de plantes médicinales avec des étiquettes indiquant leurs vertus. Chaque spectateur peut se faire une infusion à sa guise avec les gobelets, eau chaude et sachets à disposition. Devenant son propre chaman, on peut créer un mélange selon son état du moment. Il s’agit d’un vrai moment de partage car chacun se retourne vers son voisin, auparavant inconnu et qui nous gênait pour regarder un tableau, pour lui demander comment l’utiliser, ce qu’il a essayé, ce qui lui a plu. Tout ceci est bien évidemment gratuit. Cependant le spectateur, libre et autonome, doit se rappeler que d’autres personnes vont lui succéder et il ne peut ainsi utiliser ces infusions plus que de raison. Son action a alors une dimension globale et il est forcé de penser au suivant.

Après cette pause bien relaxante, j’ai pu commencer la visite. Une vidéo géante, « Caméra folie » (2004) projetée sur quatre murs, illustre les chants et bruits stridents que j’entendais sous le chapiteau. Les artistes ont créé une « caméra-objet » pour filmer les rues pendant le festival : quatre caméras étaient installées sur une sorte de roue élevée au dessus de leur tête si bien qu’ils ne savaient pas ce qu’ils filmaient. Le paysage virevolte comme les danseurs, le son est extrêmement fort, tout est filmé de très près et toute cette agitation donne le tournis. Le spectateur est plongé dans cette lanterne magique du carnaval. L’absence de contrôle des images par les artistes dépasse le simple documentaire et atteint un degré d’abstraction qui fait de ce carnaval une fiction fantastique.

Pour monter on grimpe dans une cage d’escalier où l’on a distribué au public des gommettes multicolores. On devient alors vraiment actif, et l’on peut décorer les murs et laisser sa propre trace.

A l’étage, on retrouve une tente où est diffusée en son sein une vidéo, nommée « Volta » (2002-2003), endiablée dans un stade de foot. L’artiste se détourne du match pour filmer uniquement ses supporters tapageurs. On voit bien la religion du sport et la manière dont l’ambiance électrisante du stade arrive à fédérer la foule. Des fumigènes éclatent, les drapeaux se déroulent, des chants résonnent dans une ambiance fanatique. L’homme devient un pixel coloré parmi tant d’autres. Les spectateurs ne font plus qu’un, chantant et vivant à l’unisson, passant d’une individualité à une multitude de corps ondulante et chantante. Sous les tissus tendus, on a l’impression d’être parmi eux, sous les drapeaux, dans le fameux stade Maracaña.

Puis s’en suit une enfilade de pièces avec des photographies qui représentent principalement la favela « Maré » de la capitale brésilienne. Ce projet intitulé « Mao Na Lata » (traduit littéralement « la main dans la boite ») est un projet artistique qui utilise la photographie et la littérature pour permettre à des adolescents de s’épanouir personnellement et socialement. On est face à des portraits saisissant d’habitants : une petite fille qui joue avec un jet d’eau, des personnes âgées sur une chaise qui attendent dans la rue, des femmes à la plage, des maisons bariolées, serrées les unes contre les autres. L’œuvre documente le quotidien dans les favelas en prenant en compte la culture locale. Point de misérabilisme ici mais plutôt de l’authenticité, un véritable face-à-face.

« Redécouvrir la ville » – Mardi prochain, nous découvrirons la modernité d’Eindhoven, ville désindustrialisée qui a su se reconstruire. Direction la Hollande !

La Perruque.

Crédits photos :

DR – Lille 3000

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