Le féniminis… le fémimisme… le fémini… quoi au fait ?

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Suite à notre premier édito, dans lequel nous présentions le projet Scarlet, une lectrice nous a proposé de réfléchir à notre définition du féminisme. Chacun peut avoir un rapport personnel au féminisme, et Scarlet ne déroge pas à la règle. Ce n’est donc pas une, mais plusieurs réponses à la question « Qu’est-ce que le féminisme ?» que nous vous proposons :

 »Dans son premier édito, Scarlet soutenait que le féminisme était défini par l’égalité des sexes. Alors oui, d’accord, sauf que c’était un peu facile de s’arrêter là, j’en conviens… Cette revendication a des conséquences qu’il est nécessaire de prendre en compte : le féminisme doit lutter contre tout ce qui fait obstacle à cette égalité. Donc, tant que les hommes n’y font pas obstacle, le féminisme n’est pas un  »danger » pour eux. Ce qui y fait obstacle, c’est plutôt l’idée partagée par bon nombre d’individu(e)s – peut être inconsciemment pour certains – que la femme n’est pas seulement différente, mais aussi inférieure à l’homme. Prenons l’exemple de ceux qui défendent la distinction des sexes en arguant qu’elle est au cœur de notre civilisation et qu’elle structure notre société dans un certain ordre qu’il faut conserver, qui nécessite que les femmes soient délicates et les hommes galants. En demandant aux femmes et aux hommes de se conformer à une norme préétablie – qu’on peut nommer un genre – sous prétexte de conserver la différence sexuelle, ces personnes ne font que perpétuer cette idée d’une hiérarchie des sexes. Comme le note Erving Goffman : « la croyance veut que les femmes soient précieuses, ornementales et fragiles, inexpertes et inadaptées à tout ce qui exige l’emploi de la force musculaire ou à l’apprentissage de la mécanique et de l’électricité, ou à tout ce qui comporte un risque physique ; plus encore, qu’elles soient facilement sujettes à la souillure et à la flétrissure, qu’elles pâlissent lorsqu’elles sont confrontées à des paroles blessantes et à de cruelles réalités, parce qu’elles sont instables autant que délicates. Il s’ensuit dès lors que les hommes ont l’obligation de s’interposer et de les aider (ou de les protéger) ». Ce qui fonde notre  »civilisation », défendue par ces personnes, ce n’est pas seulement la distinction sexuelle mais aussi l’infériorité des femmes. Bien sûr, ce n’est qu’un aspect des hiérarchies qui structurent notre société : supériorité des riches sur les pauvres, des blancs sur les noirs, des occidentaux sur les orientaux, des hommes sur les femmes, des hétéros sur les homos, des parisiens sur les provinciaux et j’en passe… Ma définition du féminisme est donc radicale car elle va au bout des conséquences d’une revendication d’égalité : une totale révolution des mentalités, une suppression de toutes les hiérarchies qui structurent consciemment ou inconsciemment notre esprit. Car celles-ci ne sont fondées que sur des stéréotypes discriminatoires ne reposant sur aucun argument biologique, quoi qu’on puisse bien en dire. »

Marie-Lou.

 »Qu’est-ce que le féminisme ?

Je sais pas vous, mais cette question m’énerve au plus haut point. J’ai l’impression que je dois sans cesse me justifier, prouver que je ne déteste pas les hommes, que je ne veux pas brûler mes soutiens-gorge et arrêter de m’épiler. Et puis, elle m’énerve parce qu’elle déplace le débat. La question ça n’est pas « qu’est-ce que le féminisme ?» à la base. C’est « comment ça se fait que dans notre société, de telles différences genrées existent encore?».

Pour moi c’est un cri du cœur, une rage de liberté et d’égalité, que cela soit pour les hommes ou pour les femmes. C’est pas une définition mais une intime conviction; celle qu’on mérite tous mieux. »

Emeline.

 »Pour moi c’est quoi le féminisme ? C’est une question qui paraît simple et pourtant, je la vois comme un bourbier sans fond. J’aimerais dire à tous celles et ceux qui me posent la question que le féminisme c’est une nécessité, presque une obligation. Mais j’imagine que pour ça, il faudrait que je puisse dire exactement ce que j’entends, justement, par  »être féministe ». L’égalité salariale c’est une chose, mais j’ai plus l’impression qu’il s’agit du sommet de l’iceberg, ce qui est facile à voir et sur lequel il n’est pas très difficile de s’indigner. Mais le féminisme ce n’est pas que ça….

Mais mais mais mais… beaucoup de « mais », qui montrent que ma pensée sur ce qu’est le féminisme rebondit, qu’elle ne parvient pas à se fixer. Dès qu’on touche un point, un autre apparaît et les problématiques s’accumulent. J’ai vingt ans, je n’ai pas le savoir absolu et la certitude me pose problème. Je suis une femme blanche et athée, mon approche du féminisme est donc forcément colorée de la teinte de mon vécu. C’est pour ça que je ne donnerai pas de définition du féminisme, car j’en apprends tous les jours, car j’essaye de m’ouvrir aux expériences d’autrui et car que je suis tétanisée par la peur de m’enfermer dans mes convictions et de me radicaliser autour d’un combat qui peut-être manque sa cible. Aujourd’hui, je me déclare féministe, je le ferai très probablement demain aussi, mais peut-être pour d’autres raisons. En fin de compte, si je ne devais donner que mes convictions féministes les plus centrales et celles qui me semblent intangible, je dirais qu’il s’agit d’une volonté de reconnaître les femmes et les hommes à leur vraie valeur, de ne pas leur assigner une identité qui les réduit à des archétypes qui les oppressent, je dirais qu’il s’agit de donner du courage et des outils aux individus, hommes femmes neutres, pour qu’ils puissent devenir ce qu’ils souhaitent être et non pas ce que les autres voudraient qu’ils soient. »

Clara.

 »Qu’est ce que le féminisme ? Assumer d’être féministe, c’est être regardé avec des yeux ébahis comme s’il paraisse curieux de s’indigner encore en 2016 pour la cause des femmes. Il me semble aussi que ce soit une insulte pour certains, un gros mot référant à une fille qui veut s’habiller comme elle veut, qui a une grande gueule et qui n’est pas prête de se laisser faire. C’est pourquoi la plupart des filles ont aujourd’hui honte de s’affirmer comme tel. Alors qu’il me parait aussi naturel d’être féministe que de respirer.
Le féminisme s’accompagne selon moi de 2 dimensions indissociables :

– La liberté car cela suppose d’être libre de pouvoir être qui l’on veut et laisser les autres être qui ils veulent sans les mettre dans des cases. C’est choisir sa sexualité, son identité, sa façon de vivre et de penser. Avoir le droit de pleurer quand on est un homme et d’être sensible. Avoir le droit d’être masculine, de ne pas avoir d’enfant, de dire merde à l’épilation. À ce titre le féminisme est universel.

– Et la force. Fort il faut l’être pour pour pouvoir porter un regarder franc et honnête sur la société qui nous entoure sans se dire que tout ceci est normal. Ce n’est pas normal d’avoir peur dans la rue en étant une femme, d’être moins bien payée pour un travail identique, d’être rabaissé à coup d’expression comme « courir comme une fille », d’être ultra-sexualisé même dans des publicités pour des yaourts. Forte pour pouvoir changer les choses, même à son échelle insignifiante. »

La Perruque.

 »Je n’aime pas ce mot : féminisme. Je n’aime pas ce mot parce qu’il est progressivement devenu un concept : on se cache derrière, on s’en revendique, on s’y rapporte, on parle en son nom, on le pointe du doigt. Le problème avec le concept, c’est que, soit il s’impose en vérité générale, il apparaît comme un en-soi dont la mention suffit à faire advenir ses valeurs, soit il est discrédité par sa multiplicité.

Je n’aime pas ce mot, féminisme. Il donne l’impression que l’on prend une position spécifique, que l’on prend parti. En s’imposant comme concept, il est devenu la cible (la mienne aussi parfois) des critiques parce qu’il a été aspiré, décontenancé. Il a perdu pied dans les esprits. Parler de féminisme avec quelqu’un qui ne se sent pas féministe n’a aucun fondement. On sait bien que l’interlocuteur est sceptique et peu réceptif dès lors qu’on a sorti ce terrible mot : féminisme.

Pourtant, je persiste à croire en ce mot : féminisme. Parce qu’il faut mettre le féminisme à hauteur d’Homme. Parce que derrière ce concept, il y a une réalité partout dans le monde. Je crois en un féminisme déconstruit, un féminisme qui révèle la vie des idées qu’il véhicule. Pour moi être féministe, c’est vivre une réalité des concepts, une réalité peut-être plus difficilement nommable car plurielle, mais plus libre et plus juste. Être féministe, c’est déconstruire les modèles, révéler les structures et remettre en question les idées toutes-faites. Être féministe, c’est penser qu’on devrait être libres et égaux face au choix. Pouvoir faire ce que l’on veut faire. Pouvoir être qui l’on veut être. Pouvoir être à la hauteur de ses ambitions.

L’existentialisme c’est so 1946, Sartres 2.0 dit : « Le féminisme est un humanisme ». »

Fiona.

 »La première fois que j’ai entendu la définition de ce que c’est d’être féministe, j’étais au concert de Beyoncé. C’était la première fois qu’elle chantait en live la chanson «Flawless» qui commence par cette phrase parlée : « Feminist : a person who believes in the social, political and economic equality of the sexes ». Il y a quelques mois, j’ai appris que celle qui récitait cette phrase était en fait une de mes autres idoles féminines : Chimamanda Ngozi Adichie. Beyoncé (une chanteuse américaine richissime et connue mondialement) et Chimamada Ngozi Adichie (une écrivaine nigérienne moins connue et ayant baigné toute son enfance dans des représentations sexistes) revendiquent toutes les deux la même définition du féminisme : promouvoir l’égalité sociale, politique et économique des sexes. Mais moi qu’est ce que je pense ? Je pense justement que cette définition est celle qui peut le plus fédérer et par conséquent, celle qui redonne au féminisme sa juste valeur. Cette juste valeur c’est de vouloir intégrer chacun, chacune dans le combat pour l’égalité, une égalité plurielle et qui ne concerne pas seulement l’égalité salariale. Le fait que ma définition du féminisme me soit venue de Beyoncé et indirectement de Chimamanda, deux femmes afro-américaines et africaines est aussi crucial. En effet, le féminisme n’est pas qu’une affaire d’hommes ou de femmes blanches. Le féminisme doit fédérer et doit pouvoir com-prendre chaque situation individuelle. Il est ouvert et intersectionnel ou il n’est pas. Pourtant, moi, je n’aime pas les cadres rigides et les définitions monolithiques qui ne serviraient à rien d’autre qu’à diviser. Mais cette définition là, bien qu’elle soit courte et apparemment vague est au contraire capable de rassembler chaque individualité. C’est justement ce que promeut le féminisme. Il inclut tous ceux qui souhaitent combattre l’inertie, pour faire en sorte que le pouvoir, la violence et l’avidité ne soient pas des principes opératoires de toute action. Comme le dit si bien Jane Fonda « It’s not about moving from patriarchy to matriarchy but from patriarchy to democracy ». »

Dalphée.

Et pour toi Scarlecteur, ce serait quoi le féminisme ? N’hésite pas à taper sur ton clavier pour remplir les cases juste en dessous !

Crédits Logo : ©Maureen Crow

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